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Meurtres pour mémoire

Didier Daeninckx

« On manipule la mort en lieu et place de l’espoir. Sans s’interroger. »

17 octobre 1961. Le soir tombe sur les rues de Paris. Tandis que Roger Thiraud finit sa journée et s’apprête à rejoindre sa femme enceinte dans leur appartement du quartier Bonne-Nouvelle, la protestation enfle dans les rues de la capitale. Les Algériens souhaitent la levée du couvre-feu les concernant dans une manifestation pacifiste. Mais les forces de l’ordre ont des consignes : pas de quartier. Au milieu des coups, des matraquages, des sommations, de la violence, le meurtre par balle du jeune professeur d’Histoire passe presque inaperçu. Il sera compté parmi les victimes officielles reconnues par la Préfecture de Police de Paris comme étant un activiste engagé dans la lutte pour l’indépendance. Affaire classée.

Vingt ans plus tard, dans les rues de Toulouse, le fils de Roger, Bernard, sort des Archives après une bonne journée de travail. Dans une ruelle, il se fait lui aussi assassiner par balles, de sang froid.

L’inspecteur Cadin, chargé de l’enquête sur la mort de Bernard, va vite établir le lien avec le meurtre du père et écumer le territoire national pour y voir plus clair dans les ramifications qui lient les deux morts. Comment établir une connexion entre le père et le fils. Il y en a forcément une ! De Paris à Toulouse en passant par Marne-la-Vallée et Drancy, Cadin va suivre les indices et rencontrer ceux qui ont connu les victimes et les évènements concernés, particulièrement la fameuse nuit d’Octobre 1961 qui a coûté la vie à plusieurs centaines d’Algériens au seul motif qu’ils souhaitaient jouir de la même liberté de circuler que les français. Au fur et à mesure, ce que découvre l’inspecteur glace le sang et pétrifie : l’Histoire de France est décidément bien sombre.


« … ce n’est pas en remuant la boue qu’on parvient à en sortir… - Comment alors ? - Tout simplement en y plongeant les autres… »

Ce roman m’a été offert, je me suis jetée dessus. La promesse d’en savoir plus sur les événements de 1961 et sur les magouilles politiques et policières qui l’entourent, dans le même mouvement d’apprentissage que “Requiem pour une République” de Cantaloube.

On est clairement dans un devoir de mémoire avec ce roman de 1983. Sans les moyens disponibles aujourd’hui, Daeninckx a dû fournir un gros travail de recherche pour plonger ses lecteurs dans l’ambiance de cette nuit d’horreur, nous faire ressentir les peurs et les injustices ressenties par ces gens en quête d’équité. Mais c’est aussi une enquête policière fouillée, avec son lot de rebondissements, de fausses pistes, de vraies rencontres et de traîtres. Une analyse aussi du conditionnement de certaines populations : plus on est dans la merde, plus on risque d’en provoquer. Les puissants commettent des crimes mais restent impunis, parce qu’ils ont les moyens de se défendre. Les petites gens essaient de s’en sortir et n’y arrivent pas. Et puis, il y a la face cachée des individus et de leur travail…

Je n’ai pas été transportée par ce roman dans son intrigue mais j’ai été très intéressée par son approche historique et par ce que j’y ai appris de l’Histoire du XXème siècle. Encore de quoi trembler face aux horreurs commises par les gouvernements successifs.


«Tout se négocie, surtout l’honnêteté. »

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