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Quand tu écouteras cette chanson

Lola Lafon

Il y a quelques années, Stock a lancé la collection “Ma nuit au Musée”. Un auteur est invité à choisir un musée dans lequel passer une nuit entière et, à partir de cette expérience, d’en écrire un ouvrage. Lola Lafon nous emmène avec elle dans l’annexe de la maison d’Anne Frank, à Amsterdam.


« …l’écriture est un chemin sans destination, l’écriture a la beauté inquiétante de ce qui ne mène nulle part,…»

En août 2021, Lola Lafon a donc prévu de passer toute une nuit dans le lieu où la jeune Anne Frank a vécu pendant deux ans avec ses parents, sa sœur Margot et quatre autres personnes.

Juifs allemands ayant fui le régime nazi à Amsterdam, les Frank sont une famille bien intégrée dans la société. Le père est dans le commerce, les enfants sont des élèves brillantes à l’avenir radieux.

Mais les mesures anti-juifs se multiplient et, lorsque Margot, 16 ans, reçoit sa convocation pour se rendre dans un camp dont il est clair qu’elle ne reviendra pas, tout le monde se cache dans un appartement, situé au-dessus des bureaux de la société d’Otto. Pendant deux années, aucun bruit, aucune sortie.

La seule interaction avec le monde extérieur est la visite de l’ancienne secrétaire du père de famille qui vient apporter des vivres et s’assurer que tout va bien pour tout le monde. Pendant tout ce temps, Anne écrit. Bien qu’elle ne veuille pas être lue, elle écrit pour témoigner : elle a entendu à la radio, pendant les heures autorisées, qu’il fallait des traces, afin que personne ne puisse dire, par la suite, qu’on ne savait pas.

Anne s’acharne, s’applique, écrit, corrige, réécrit. Elle exige du temps et de l’espace pour réaliser cette œuvre qui sera, des dizaines d’années plus tard, un des livres les plus connus et les plus lus. Un symbole.


« La peur est-elle un envahissement brutal, semblable à un courant d’arrachement, cette force, qui entraîne au large contre laquelle on ne peut lutter, ou la peur, se dilue-t-elle dans les jours qui passent, et on finit par s’y faire, à la peur ? »

Lola Lafon s’est imprégnée de l’histoire de cette adolescente, de cette famille. Elle s’est renseignée, s’est documentée, est allée à la rencontre de spécialistes, d’historiens, de témoins. Elle a travaillé en amont de cette nuit qu’elle appréhende tant. Pourquoi a-t-elle peur ? De quoi ?

Les craintes de l’auteure sont fondées sur sa propre histoire personnelle. Cette nuit dans l’Annexe d'Anne Frank la renvoie à son passé et celui de sa famille. Juive, expatriée, enfermée dans une identité dont elle n’a pas toujours voulue. Ecrasée par les parcours douloureux de ses grands-parents, eux-mêmes victimes directes et indirectes de régimes autoritaires et de l’Holocauste. Lola, sauvée, dit-elle, par le nom de son père qui la rend plus française qu’elle n’est, moins juive aussi, par sa blondeur et ses traits de danseuse.

L’auteure va creuser en elle les épreuves, les souvenirs, les blessures. Tout ce qui la lie, d’une manière ou d’une autre, à la jeune Anne Frank dont elle n’arrive pas à franchir la porte de la chambre. Et puis, il y a le souvenir plus douloureux aussi, celui de l’arrachement, de la disparition, de l’abandon… de la mort sans doute.

Avec une délicatesse et un poésie toutes musicales, une finesse et un respect profond, Lola Lafon partage avec nous tout ce que cette nuit a représenté pour elle, tout ce qu’elle lui a permis de mettre en mots : l’exil, la politique, la judéité, l’anorexie (la danse), la jeunesse, l’amour. Et l’admiration. Pour une adolescente combative et créative, pour un père dévoué, pour des amis loyaux qui ont permis à huit personnes de survivre dans 30 m* pendant deux ans, pour ceux qui se battent depuis tant d’années pour faire d’Anne Frank plus qu’une ado qui écrit un journal mais une écrivaine à part entière.


« Il n’y aura jamais assez de vivants pour répondre aux morts.»

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