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Au-delà des linceuls

Eloi Audoin-Rouzeau

Partir à l'aventure dans un roman sans savoir du tout ni de quoi ça parle ni de quel genre il s'agit. C'est le genre d'exercice auquel j'aime m'adonner de temps en temps, et des fois - comme avec ce second livre d'Audouin-Rouzeau, ça vaut vraiment le coup !


« Chaque jour est une vie, et demain en est une autre. »

Dans un empire imaginaire et délabré, dans lequel nous reconnaissons aisément une France balafrée, Félix vient d’obtenir son diplôme de la Haute-Ecole. Orphelin, il aurait dû se présenter rapidement au placeur pour avoir un bon poste mais, sous le coup d’une condamnation et du chagrin de ne plus voir son meilleur ami Edgar, il ne l’a pas fait. C’est dans ce contexte de laisser-aller qu’il reçoit la visite d’un étranger. Ce dernier s’annonce comme venant de la Confédération voisine. Il a des choses à remettre à Félix, des révélations à lui faire sur son passé, son identité. Mais cet homme est le prétexte que l’empire cherchait pour se lancer dans une nouvelle guerre. Félix et Edgar devraient s’engager mais ils décident de déserter et de prendre la route : au bout du chemin, la liberté, la richesse, la fin des secrets.

Au gré des rencontres et des embûches, ils traversent l’empire et les régions frontalières. Ils se font petits, discrets, cherchent du travail pour pouvoir continuer leur périple vers le lac qui, une fois asséché, pourra être traversé pour rejoindre leur objectif.

Mais les deux garçons n’ont pas le même tempérament et Félix doit bien souvent jongler avec les humeurs et l’imprudence de son ami qui, malgré tout, donnerait sa vie et son âme pour lui…


« Il n'avait peur ni du noir, ni des oiseaux, ni même de l'espace silencieux qui l'entourait. Il craignait seulement les hommes. »

C’est un roman inattendu que celui-ci. Dans les premières pages, on se demande où l’auteur veut en venir. Et dans les dernières aussi d’ailleurs. Mais le chemin, à travers les campagnes, les montagnes, les propriétés et le long des fleuves et des rivières ouvrent les yeux de nos deux compères sur la réalité du pays qu’ils considèrent comme un grand Empire.

Un bon moment de lecture, dans un univers qui n’est pourtant pas mon préféré, que je ne saurais définir. Je me suis parfois souvenue de Bain de Boue d'Ars'O ou Les marins ne savent pas nager de Dominique Scali, par la création d'un environnement parallèle, d'une société et de lois qui ne sont pas sans rappeler les temps anciens : le portrait d’un monde tombé dans une sorte d’apocalypse climatique et sociale. De rencontres en bévues, Félix & Edgar prennent conscience de la trivialité du pouvoir en place, des magouilles et de la loi du plus fort, enfonçant le peuple dans toujours plus de misère et de pauvreté. Au milieu des rivalités et des complots, ils tombent aussi sur des gens bienveillants, accueillants et généreux, partageant le peu qu’ils ont.

Dans l’Empire où alentour, il reste de bonnes âmes qui accompagnent nos deux héros dans leur avancée vers la sagesse et leur objectif. La route ne mène peut-être pas à la Confédération, mais pour sûr, au bout du chemin il y a l’espoir et des jours meilleurs… ce ne peut de toute façon pas être pire.

« Comme vous le voyez, ça ne nous abandonne jamais, les livres… et même, ils nous envahissent. »

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