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L’archiviste

Alexandra Koszelyk

« Croire en l'avenir, et c’est tout l’enjeu d'une vie humaine, passe d’abord par la préservation du passé, face à une destruction imminente et sans visage. »

Après un merveilleux voyage à travers l’Histoire et l’Afrique en compagnie de Guillaume Jan, retour à la triste situation de l’Ukraine d’aujourd’hui, mais pas que. Je retrouve Koszelyk pour une nouvelle plongée dans ce pays meurtri.


« On n’enferme pas la conscience de soi. Elle ignore la prison du corps et ses commotions… »

K est archiviste dans une bibliothèque d’une ville non citée en Ukraine. Sa mère est malade, son père a disparu voilà bien des années et sa sœur jumelle, Mila, n’a plus donné signe de vie depuis bien longtemps. Dans les caves de l’abbatiale, elle abrite des trésors de la culture ukrainienne. Des reliques du temps passé, des coutumes d’un peuple et d’un pays en souffrance depuis tellement longtemps qu’on ne se souvient plus de la dernière période de réelle sérénité.

Un jour, elle est approchée par un homme portant un chapeau. Ce dernier attend de K qu’elle modifie les œuvres fondatrices de la culture de son pays. L’idée est d’écraser la culture, d’effacer l’identité de ce peuple au profit de la grande Russie.

Douée de nombreux talents artistiques, K est forcée d’obéir si elle veut que sa sœur soit libérée, lui soit rendue.

Au fur et à mesure qu’elle modifie les écrits, les peintures, ou autres études, elle se trouve plongée dans le passé, dans des scènes reproduites ou reproduisant les chefs-d'œuvre. De Gogol à Primatchenko en passant par l’Holodomor ou même l’explosion nucléaire de Tchernobyl, c’est tous les grands évènements et personnages de l’Histoire Ukrainienne qui sont visités et inspectée, de manière à en faire ressortir la beauté, la valeur, la richesse de la culture et de l’identité de cette nation en péril.


« L'imaginaire est dangereux, car il peut conduire à un autre monde, une autre réalité qui échapperait alors au pouvoir. Ne dit-on pas que le potentiel d’un esprit est infini ? »

Lauréat du prix Vleel 2023, écrit par une auteure que j’avais découverte et appréciée il y a quelques mois et se situant dans une Ukraine contemporaine, ce roman avait tout pour me plaire. Et pourtant, la mayonnaise n’a pas pris autant que j’espérais. L’écriture d’abord, qui m’a parue trop légère, trop superficielle. Il y a beaucoup à dire sur cette culture et j’ai eu la sensation que tout allait trop vite, qu’on n’avait pas le temps de bien apprécier chaque épisode. Le côté positif, c'est que ça donne envie d’approfondir, d’en savoir plus, de lire davantage sur le sujet. Mais l’inconvénient, c’est ce goût de “pas assez” qui reste en bouche et en tête une fois le roman terminé.


« Les mots sont des biens impérissables, tout s’enchaîne avec eux, comme à leur premier jour. »

Je ne comprends pas vraiment comment ce roman a pu dépasser “Tu mérites un pays” (Bouherrafa) ou le merveilleux “Soldat désaccordé” (Marchand), un peu comme si ce qui qui avait bloqué l’académie Goncourt sur “Le mage du Kremlin” (Da Empoli) avait motivé les jurés de Vleel. Je ne remets pas en cause le fond, à savoir la gravité du sujet et la richesse de la culture sublimée dans cet ouvrage mais je n’ai pas adhéré à la forme, à la manière de raconter les événements présents et passés.

Énorme potentiel donc, mais globalement je ne suis pas convaincue et pas emportée autant que je l’aurais souhaité. Je vais me replonger dans d’autres écrits de Koszelyk et d’autres histoires sur l’Ukraine qui est, de toute évidence, un pays à découvrir et à valoriser tant par son héritage culturel que par la force de ses habitants. L’archiviste a rouvert la porte de la curiosité et renouvelé mon intérêt, rien que pour ça, ça valait le coup de la suivre dans ses aventures.


« L’art est cette opération magique qui, au-delà de lier mots et peinture, fait revenir à la vie des morts, les fait exister entre eux et avec nous… »

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